Éducation : ces douces violences qui font mal à nos enfants

Quand nous parlons de violence à l’encontre des enfants, nous pensons instinctivement aux châtiments corporels qui sont des violences physiques avérées. Certains évoqueront également les violences psychologiques, qui se traduisent généralement par des injures, des mots qui rabaissent ou qui font mal. Ces violences sont assez apparentes, mas, il existe aussi, dans ce que l’on désigne actuellement par VEO ou violences éducatives ordinaires, un type de violence sournoise. La plupart des parents, des éducateurs et des adultes en font usage quotidiennement, sans le savoir. Et pourtant, les VEO ont des conséquences néfastes sur le développement de l’enfant. 

Les violences éducatives ordinaires, c’est quoi exactement ?

Les VEO sont également appelées « douces violences », car elles ont l’air de petits rien, elles passent presque inaperçues, car ce sont des violences sous couvert d’éducation. Mais en réalité, elles affectent profondément nos tout-petits. De ce fait, c’est la forme de violence la plus fréquente entre humains.

Les violences éducatives ordinaires sont plus ou moins admises, car, ne dit-on pas : « Qui aime bien châtie bien » ? Les adultes ne s’excusent pas d’en faire usage, car « c’est pour le bien de l’enfant ». C’est même une méthode éducative que nous avons héritée de nos parents et de nos grands-parents, si bien que nous la trouvions normale.

Concrètement, les VEO regroupent plusieurs types de violences et cette liste peut être rallongée à l’infini.

Violences physiques :

Les fessées, les petites tapes sur les mains, les pincements, les privations d’aliments… Mais aussi, quand on oblige l’enfant à rester sur son pot, sous prétexte que ça l’aide dans l’apprentissage de la propreté ; quand on l’interdit d’aller aux toilettes pour lui apprendre à se retenir ; quand on l’oblige à manger ou à téter, alors qu’il n’a pas faim ou qu’il est repu…

Violences psychologiques :

Les injures, les mots blessants et dégradants, les menaces… Mais aussi quand on n’écoute pas l’enfant ou quand on fait semblant de l’écouter ; quand on lui ment ou quand on lui raconte des histoires pour lui faire peur ; quand on fait du chantage affectif du genre : « tu ne m’aimes pas vraiment si tu ne me rapportes que de mauvaises notes » ; quand on le laisse affronter tout seul ses détresses émotionnelles, comme quand on le laisse pleurer tout seul ; lorsque l’on adopte l’adultisme, c’est-à-dire, quand on se décrète tout-puissant puisqu’on est adulte ; quand on viole son intimité, en rentrant dans sa chambre sans prévenir, par exemple…

Les douces violences :

Ce sont toutes les formes de violences que nous pratiquons au quotidien, sans que nous nous rendions vraiment compte de leurs impacts négatifs : obliger un enfant à se faire câliner ou à se faire embrasser alors qu’il ne le veut pas ; obliger l’enfant à prêter ses jouets ; donner des surnoms blessants ; parler de l’enfant en utilisant la troisième personne, alors qu’il est présent ; faire les choses à sa place sous prétexte qu’il est lent ; l’installer devant la télé pour avoir la paix ; empêcher l’enfant de se mouvoir librement…

Les conséquences des VEO

Utiliser quotidiennement la violence, qu’elle soit douce ou qu’il s’agisse de réelle maltraitance, n’est pas sans conséquence sur le développement de l’enfant et sur sa personnalité. En effet, un enfant, comme tous les mammifères, vont essayer de se défendre quand il se sent agressé. Il va faire appel à ses parents, mais si ceux sont justement ces parents, qui devraient lui porter secours qui lui font du mal ? Il se sentira complètement seul et son organisme en pâtira.

Le stress s’installe

Un enfant soumis fréquemment à de la violence va produire des hormones qui vont engendrer du stress. Ce qui aura des conséquences sur la santé de l’enfant, car le choc agit sur tout l’organisme : sur son physique,  sur son psychisme, sur son affectivité. Le stress prépare l’enfant à fuir ou à se défendre : les hormones du stress préparent les membres à être capables de défendre ; le sang, les battements de cœur sont accélérés… Lorsqu’il n’y a plus de danger, le corps revient à son état normal. Mais quand on ne peut, ni fuir ni se défendre, le stress devient un véritable danger pour l’organisme, car les hormones deviennent toxiques et elles attaquent l’organisme, notamment au niveau du système digestif et dans le cerveau.

Le système immunitaire s’affaiblit

Ceux sont les effets directs du stress, mais il y a d’autres effets qui s’installent petit à petit. Quand notre organisme subit du stress, les autres fonctions du corps sont désactivées. La fonction digestive, la fonction de croissance et le système immunitaire sont les plus concernées. Ce n’est pas bien grave si cette désactivation de l’organisme se produit une fois, deux fois. Sauf que quand on est violent avec son enfant, la plupart du temps, on le fait souvent, puisque c’est devenu la méthode d’éducation que l’on a choisie. Le stress risque, donc, de se reproduire, le système immunitaire fonctionne moins bien et l’enfant devient plus vulnérable aux maladies.

Des troubles psychologiques

Pour les risques psychologiques, la liste est longue, mais voici quelques exemples : l’enfant développe de l’agressivité dès l’âge de 3 ans et peut être atteint d’anxiété, ou de déprime, dès l’âge de 5 ans. À l’adolescence, on note une réduction du quotient intellectuel qui peut emmener l’enfant à abandonner prématurément ses études. Les adolescents qui ont subi des violences sont également sujets à divers troubles mentaux. 

La violence conjugale

Devenu adulte, l’enfant manque sérieusement d’estime en soi. Dès l’enfance, il a l’habitude de s’auto-accuser. Il se dit, par exemple, que si on le frappe, c’est qu’il est une mauvaise personne. Cette attitude, il la gardera toute sa vie. De nombreuses recherches ont, en outre, fait le lien entre violence conjugale et violences éducatives ordinaires. En effet, ce que l’enfant violenté retient, c’est qu’on peut aimer et frapper, mais aussi, être aimé et être frappé.

Comment éviter les VEO ?

Commençons par réapprendre ce qu’est un enfant, ou plutôt, ce qu’il n’est pas. Un enfant ne pourra jamais être un manipulateur. En effet, son cerveau n’est pas assez mature pour qu’il s’adonne à des manœuvres aussi machiavéliques. Ainsi, il faut être attentif à tout ce que nous, adultes, nous pourrions considérer comme de la manipulation de sa part. Un parent doit toujours être à l’écoute et en empathie avec son enfant. Il faut accueillir et accepter ses émotions. C’est comme cela que nous pouvons les comprendre et vraiment les aimer. C’est ce que l’on appelle : éducation bienveillante .

Toutefois, il faut aussi se déculpabiliser, car la plupart du temps, si les parents pratiquent les VEO, c’est parce qu’on leur a dit que ça avait des vertus éducatives. On fait subir à nos enfants les violences éducatives ordinaires, sans même s’en rendre compte, car nos parents nous les ont fait subir quand nous étions enfants et nos parents les ont subies quand ils étaient eux-mêmes enfants. En gros, il y a toujours une méconnaissance du développement de l’enfant, mais quand on comprend comment ça fonctionne, l’adulte est en mesure de modifier son comportement envers l’enfant.

Des illustrations pour bien comprendre

Nombreux sont les parents qui sont déjà conscients que les violences physiques et psychologiques sont néfastes pour les tout-petits. Mais en ce qui concerne les douces violences, nous les pratiquons presque tous, au quotidien. Pour les dénoncer et pour faire réfléchir les adultes, Fanny Vella, une jeune maman, a créé, en 2018, des dessins mettant en scène des adultes, mais dans des situations auxquelles les enfants font face au quotidien. Elle a accompagné ses illustrations par le hashtag #etsionchangeaitdangle

“On n’impose pas à un adulte qui pleure de gérer ça seul, dans une pièce, sous prétexte que si on le console à chaque fois qu’il est mal, il va s’y habituer”, et “on n’oblige pas un adulte, à prêter quelque chose qui lui appartient à un parfait inconnu, dans le but de lui apprendre à partager.”, explique-t-elle. Et en effet, quand on change d’angle de vue, on constate que ces situations où nous mettons nos enfants sont absurdes, alors, pourquoi leur imposer des violences pareilles ?!

2+
Partager sur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *